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Musique classique et opéra par Classissima

Robert Schumann

vendredi 24 février 2017


Classiquenews.com - Articles

21 février

CD, compte rendu critique. SCHUMANN : Jean-Philippe Collard, piano (avril 2016 – La Dolce Volta).

Classiquenews.com - Articles CD, compte rendu critique. SCHUMANN : Jean-Philippe Collard, piano (avril 2016 – La Dolce Volta). SCHUMANN réinvesti… Jean-Philippe Collard revient à d’anciennes explorations mais avec aujourd’hui, la richesse renouvelée d’une expérience de plus en plus critique. Son Schumann séduit par sa verve vivement articulée, sa versatilité dont le pianiste démêle avec aisance la complexité qui n’est qu’apparente. D’emblée, la saine fluidité, directe, impétueuse qu’il sait distiller dans la Fantaisie, s’installe dans un tumulte d’une ardeur et en une conviction juvénile très maîtrisée ; autant de sincérité immédiate qui prépare et installe le climat du rêve et de l’instabilité (« Durchaus phantastic… »), de l’émerveillement intime surtout, dans les séquences les plus murmurées et pudiques. Le second volet joue l’ivresse parfois chaotique, espiègle et très affirmée. Enfin le dernier épisode de cette même Fantaisie, véritable paysage intérieur d’un accomplissement supérieur révèle toutes les facettes de l’inspiration introspective du Schumann visionnaire et prophétique, qui élargit les champs de conscience et la géographie sonore : à mesure que s’épaissit le sentiment de la volupté et du renoncement mêlés, se réalise toute l’ambivalence d’un Schumann double, – maître du temps et de l’écoulement musical, véritable apôtre de l’épiphanie de l’instant – sublimateur du présent et déjà dans la perte de ce qui est et ne sera jamais plus- ; le jeu de JP Collard en explore les suaves béatitudes, véritable baumes à l’âme. C’est la section la plus réussie de l’album : ici affleurent toutes les passions meurtries, comme assommées, contraintes, celles de deux coeurs promis et destinés l’un à l’autre, Robert et sa future épouse Clara, malgré la loi sadique du père de la jeune pianiste virtuose. Tout est dit dans cette apothéose des sentiments et de la douleur sublimés. Au feu volcanique de cet amour qui surgit de la partition, s’impose la très haute technicité de la partition qui fut non pas dédiée à Clara, mais au virtuose avant tous, Franz Liszt. Dans les Kreisleriana, la versatilité, son éloquence faussement disparate, comme la prodigieuse énergie du cycle des 8 stations opus 16, d’un polyptyque époustouflant par sa fluidité de ton, saisit par sa profonde… cohésion. Là encore la formidable agilité du pianiste ne sacrifie rien à l’urgence ni à la clarté de cette architecture du surgissement et de l’irrépressible élan, comme du souvenir le mieux poli par le filtre de la pudeur la plus nostalgique (plage 6 : « Sehr aufgeregt » : d’une rêverie aux équilibres souverains). La succession des miniatures ciselées, incandescentes, s’embrase littéralement en un crépitement extatique voire orgasmique d’une superbe construction dramatique. L’instinct mais la grâce d’un discours, l’ivresse mais l’organisation. Tout cela nous est offert dans un fabuleux voyage aux contrastes intelligents et d’une conception géniale dont le pianiste redessine les contours et le mouvement, – fugace, fébrile, d’un labyrinthe véritablement enchanté (conclu dans une dernière note tout aussi évanescente et murmurée). Du grand art. _____________ CD, compte rendu critique. SCHUMANN : Jean-Philippe Collard, piano (enregistré à Soissons en avril 2016 – 1 cd La Dolce Volta)

La lettre du musicien (Comptes rendus)

Aujourd'hui

La ligne claire de Jean-Philippe Collard éblouit la salle Gaveau

Le pianiste français était à l’affiche de la salle parisienne pour un récital Schumann et Chopin, à l’occasion de la sortie d’un disque consacré au compositeur allemand. Une interprétation profonde, passionnée et d’une éblouissante clarté. Tendre et enlevée, l’Arabesque opus 18 s’élève sous le toucher clair et perlé de Jean-Philippe Collard. Le pianiste mène son propos avec légèreté, depuis le rythme pointé initial, badin et entêtant, jusqu’à la conclusion, poétique et méditative... un avant-propos idéal à la mythique Fantaisie opus 17, qui suit. Jean-Philippe Collard possède l’œuvre du bout des doigts : admirable, son implication dépasse de loin le plan de la pure maîtrise digitale. La polyphonie est toute entière au service d’une narration poignante – on sait que le jeune Schumann a composé ce monumental cri d’amour alors qu’il était séparé de Clara –, qui ne cède cependant jamais à un alanguissement facile et de mauvais goût. Le premier mouvement est charnel à souhait, tempétueux, soutenu par des basses larges et précises. Puis, le pianiste affronte à pleines mains l’exigeante polyphonie du deuxième mouvement, réminiscence des austères chorals de Bach, à la sauce romantique : toute de projection sonore parfaitement contrôlée, cette parenthèse triomphale s’achève sur la vertigineuse et redoutable série de rebonds sur le clavier. Quel panache ! Jean-Philippe Collard peut s’emparer du dernier mouvement, réminiscence de la mélancolie clair-obscur de la Sonate au clair de lune de Beethoven. Les harmonies et l’usage de la pédale sont quasi impressionnistes, l’art des nuances et des coloris est porté à son paroxysme. La sérénité après la tempête de l’exaltation amoureuse ? Musicien complet, il continue de subjuguer dans Chopin : la célébrissime Sonate funèbre, le doux Nocturne n°1 opus 48 et une Quatrième Ballade rêveuse, au parfum d'improvisation. Le clavier est ample mais délicat, orné par un rubato exquis et d’une infinie poésie. Acclamé par le public, il offre, en bis, une hypnotique Mazurka. (21 février)




MusicaBohemica

22 février

1924 commémoration française de Smetana

1924, commémoration de Smetana en France un livre de Nejedlý, Smetana Dans quelques articles de ce site, le lecteur a rencontré parfois le nom de Zdeněk Nejedlý. Rappelons que peu après la fin de ses études au tout début du XXe siècle, il devint rapidement un critique musical polémiste qui mit en avant Smetana «père de la musique tchèque» et ses «successeurs» qu’il désignait lui-même, excluant et combattant la musique de compositeurs comme Dvořák, Suk, Novák et Janáček en particulier. Devenu un membre bien en vue de l’intelligentsia tchèque, par le biais de la revue Smetana qu’il dirigeait, il tenta d’imposer ses vues culturelles et musicales qui réussirent à se développer dans nombre de cercles. Lorsque, bien plus tard, en 1948, après le coup de Prague, il occupa le poste de ministre de la culture, il appuya les thèses sur l’art de Jdanov, condamnant ce qui était dénommé «l’art bourgeois» et soutenant un «art prolétarien». Dans le totalitarisme culturel qu’il imposa, il emmena la musicologie tchèque sur des chemins douteux où la recherche et la réflexion abdiquaient face aux oukases (1) venues de ce musicologue et de ses disciples dociles réduisant quasiment au silence tous ceux qui s’opposaient à ses vues. Nejedlý se servit de la figure historique de Smetana pour promouvoir l’orientation musicale qu’il soutenait depuis longtemps. Pour ce faire, il mit ses dons de plume et de pamphlétaire au service de ce compositeur. Rien de tel que de rédiger un livre sur ce compositeur emblématique pour apparaître digne de figurer dans sa lignée. En 1924, en Tchécoslovaquie, aux éditions Orbis parut son volume intitulé simplement Smetana. La date de sortie était bien choisie, on fêtait le centenaire de la naissance du compositeur de La Vltava. A Paris, Bossard mit sur le marché la version française de son étude. Pour les mélomanes, après un premier livre de William Ritter (2), c’était une chance supplémentaire pour approcher la personnalité de ce maître tchèque. D’autant plus, qu’en dehors de l’ouverture de La Fiancée vendue, parfois donnée aux concerts dominicaux des associations symphoniques parisiennes, on ne connaissait pratiquement rien d’autre de sa production musicale. Portrait de Smetana paru dans La Revue Musicale en 1924Manière de ne pas être en reste vis-à-vis des musicologues tchèques, cette année 1924 vit une longue contribution de l’ethno-musicologue Julien Tiersot (3) qui prit la forme d’un feuilleton étalé sur six parutions (4) dans Le Ménestrel. D’emblée, Tiersot butait sur une difficulté qui rebutait maint observateur, celle inhérente à la langue tchèque pour l’immense majorité des Français. «Encore la lecture des partitions n'est-elle pas tout : quand il s'agit de musique dramatique, il y a bien d'autres choses à comprendre que ce qu'expriment les notes. Tous les opéras de Smetana ont été composés sur des paroles tchèques, et aucun n'a encore été traduit en français; enfin, dans beaucoup d'œuvres éditées en pays tchèque, fût-ce de musique pure, des indications nécessaires, titres, mouvements, etc., sont imprimés dans la langue du pays : comment pourrions-nous nous y reconnaître?» L’auteur de l’article qui avait fait le voyage de Prague put contourner partiellement cet écueil en assistant à des représentations d’opéras de Smetana. S’appuyant sur le livre de William Ritter et sur les renseignements qu’il glana sur place, Tiersot raconta la vie du compositeur, de sa jeunesse jusqu’aux triomphes de sa vie mûre, bientôt assombrie par la surdité qui le mura dans l’impuissance durant les derniers mois de sa vie. Enfin il détaillait les opéras, s’attardant sur La Fiancée vendue (5) qu’il assimila à un opéra qu’un Mozart aurait pu composer s’il avait vécu quelques dizaines d’années plus tard. Tour à tour, Dalibor et Libuse furent décrits par un amateur d’opéras qui avait assisté à une de leurs représentations. Quant  à Má Vlast, il exposa les six poèmes symphoniques qui le composaient. Il procéda de même avec le quatuor De ma Vie. A une semaine d’intervalle, dans deux de ses articles (6), Tiersot cita des extraits du livre de Nejedlý qui venait de paraître, une manière de  placer ses propres écrits en partie sous l’autorité du musicologue tchèque. Julien Tiersot en 1903Pour faire bonne mesure et aussi parce que la création récente de la Tchécoslovaquie avait attisé l’intérêt envers son peuple qui s’était montré à plusieurs reprises si proche du nôtre et si compatissant à nos malheurs après la défaite de 1871, Etienne Fournol (7), homme politique reconverti dans le journalisme et la musicographie, déclina un hommage à Smetana s’étalant sur douze pages de La Revue Musicale. Après des considérations générales sur la musique populaire tchèque, Fournol décrivit le cours d’eau musical que Smetana avait transfiguré dans sa Vltava, puis évoquait l’opéra La Fiancée vendue qui siérait bien à l’Opéra-Comique parisien dont il ne comprenait pas la surdité des directeurs devant ce «marivaudage rustique avec scènes paysannes, chassé-croisé de sentiments entre des personnages un peu frustes et naïfs». Puis c’était au tour des opéras «historiques» Libuse et Dalibor d’être évoqués. Ensuite c’était le quatuor De ma Vie avec «cette mélodie qui semble caresser ce qui nous est cher, l’amour, le rêve, la vie avec le sentiment de leur prix à la fois et de leur fragilité (8)» qui s’imposait à Fournol comme emblème de la musique de Smetana.  Il terminait son article en citant quelques compositeurs qui, chronologiquement, le suivirent, Dvořák, Fibich, Novák, Suk, ignorant Janáček dont les récents succès pragois n’avaient pas encore convaincu les observateurs qui jugeaient la situation musicale tchèque uniquement à l’aune de Prague. Etienne FournolDeux articles de musicographes français et un livre d’un musicologue pragois honoraient la mémoire de Smetana. Comment le volume de Nejedlý fut-il reçu dans notre pays ? Deux réactions venant de revues musicales différentes signèrent un accueil globalement  favorable. René Brancour dans Le Ménestrel déclarait «L’auteur s’est tout d’abord proposé d’arracher la musique slave à l’isolement qui jusqu’ici avait semblé être son lot, comme aussi celui des musiques appartenant à ce que l’on qualifie un peu dédaigneusement d’ «Ecoles nationales». Mais Brancour relevait que Nejedlý essayait de sortir Smetana de ce particularisme national décidément gênant pour la finalité de sa démonstration lorsqu’il écrivait «montrer en l’œuvre de Smetana des caractères l’unissant à la culture et à l’art universels». Poursuivant sa lecture, le chroniqueur émettait un vœu  «Puisse-t-elle [cette étude] déterminer nos associations symphoniques à offrir de temps à autre des portions de l’œuvre du génial musicien de Libuse et de Dalibor (9) et aussi nos société de musique de chambre à nous jouer l’admirable Quatuor où le malheureux Smetana a voulu retracer son curriculum vitae (10)».  Dans La Revue musicale, celui qui signait simplement Cœ (André Cœuroy ?) reprenait une des thèses développées par l’auteur dans son livre, celle de la valeur des écoles nationales , considérée par le chroniqueur, moins enthousiaste que son collègue du Ménestrel, comme «hasardeuse». Il relevait que l’auteur plaçait Smetana dans la continuité de Beethoven, Schumann, Chopin, Berlioz et Liszt et pointait que «l’opuscule, un peu verbeux malgré sa brièveté, contient des renseignements utiles, en dépit d’erreurs (11) légères». Dans le contexte de l’époque, ce volume, malgré sa minceur, amenait nombre d’informations. Il est vrai qu’aucune étude d‘envergure en notre langue n’avait été publiée sur Smetana. Comme sa musique n’était que peu jouée (12), on le connaissait insuffisamment. Le livre de Nejedlý était donc le bienvenu. Cependant la notoriété du compositeur ne grandit pas vraiment. Pendant longtemps, on continua à donner l’ouverture de La Fiancée vendue, on joua un peu La Vltava sous son nom germanique d’importation La Moldau et aussi, grâce à certains ensembles à cordes, son Quatuor De ma vie. Son opéra intégral La Fiancée vendue attendit l’année 1928 pour être créé à l’Opéra de Paris. Quant aux autres œuvres lyriques, elles patientèrent très longtemps. Pour asseoir encore un peu plus son autorité sur le milieu musical pragois, Nejedlý se remit à sa tâche de glorification de son héros. En 1929 parut chez Hudebni Matice un fort volume de 515 pages «consacré à la jeunesse de Smetana, plus particulièrement aux années 1839 à 1843». Comme l’indiquait le chroniqueur anonyme du Ménestrel, l’auteur «décrit le milieu intellectuel sans négliger aucun des éléments qui ont pu contribuer à former le jeune maître et sa personnalité créatrice». Ce gros volume apportait «beaucoup de documents inédits (13)» concernant autant le musicien que l’histoire du développement culturel de la Bohême. Non seulement les thèses que défendait Zdeněk Nejedlý se répandaient dans son pays grâce à ses cours à l’Université Charles de Prague et à ses livres. Celles-ci se propageaient dans d’autres pays, avec heureusement moins de force qu’en Bohême parce que, ailleurs, on en ignorait les enjeux politiques nationaux. Mais Nejedlý apparaissait bien comme le spécialiste de ce créateur de la musique tchèque. La théorie qui plaçait Smetana dans cette position a encore partiellement cours aujourd’hui. C’est oublier la cohorte prestigieuse de compositeurs tchèques du XVIIIe siècle, obligés pour s’exprimer de s’expatrier dans les cours princières et royales d’autres pays d’Europe, privés ainsi du riche terreau qui les aurait nourri. Joseph Colomb - février 2017 Merci à Jacques Alvernhe pour la photo d’Etienne Fournol Notes : 1. Elles consistaient, entre autres, à «fournir à tous une version corrigée - marxiste-léniniste - de l’histoire avec quelques repères sûrs» (Daniela Langer, Musicologie et communisme dans Jean-Jacques Nattiez, Musiques 2 Les savoirs musicaux, Actes Sud/Cité de la Musique, 2002-2004). 2. William Ritter, Smetana, Editions Alcan, collection Les Maîtres de la musique, 1907. 3. Julien Tiersot (1857 - 1936). En tant qu’ethno-musicologue, il s’intéressa à la musique populaire de la France, mais aussi celle de peuples d’autres continents. Il collecta un certain nombre de chansons dans les Alpes qu’il rassembla en 1903 dans un fort volume Chansons populaires recueillies dans les Alpes françaises. Il publia plusieurs livres (Berlioz, Couperin, Bach, Wagner) et un certain nombre d’articles dans des revues musicales dont une centrée sur Janáček dans Le Ménestrel le 24 avril 1931. En 1926, il édita chez Henri Laurens, dans la collection Les musiciens célèbres un volume à propos de Smetana. 4. Les articles de Julien Tiersot se succédèrent à partir de l’édition du Ménestrel du 15 août 1924 jusqu’à celle du 19 septembre de cette même année, en passant par celles du 22 août, du 29 août, du 5 septembre et du 12 septembre. 5. Tiersot narre une représentation de cet opéra à laquelle il assista à Prague. 6. Le Ménestrel du 12/9/1924 et du 19/9/1924. 7. En 1930, lors de la célébration du 80e anniversaire du président Masaryk, Etienne Fournol était vice-président de l’Institut des Etudes Slaves. 8. La Revue Musicale, octobre 1924. 9. C’est Dalsbor qui est écrit dans la chronique. Une coquille ou une erreur que l’on retrouvait fréquemment à cette époque dans la graphie de substantifs tchèques due à notre méconnaissance de cette langue et de cette culture. Janáček en fera aussi les frais pendant longtemps. 10. Le Ménestrel du 31 janvier 1925. 11. L’attribution à Lortzing des Joyeuses Commères de Windsor et non à Otto Nicolaï (1810 - 1849). 12. L’année 1924, centenaire de la naissance de Smetana, rompit quelque peu l’uniformité des programmes des concerts vis-à-vis de la musique tchèque. A Paris, après une causerie de Julien Tiersot, des interprètes tchèques et Jane Mortier honorèrent la musique de Smetana. Les concerts Alexandrovitch leur emboitèrent le pas suivis des associations Colonne, Lamoureux, Pasdeloup, la Société des Concerts du Conservatoire, les concerts Grassi, les Quatuors Tchèque, Ondříček et Touche. Feu de paille ou début de reconnaissance ? Un peu des deux. 13. Le Ménestrel du 17 juin 1929.



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20 février

CD, critique. MOZART – SCHUMANN : Fantaisies — Piotr Anderszewski, piano (1 cd WARNER classics)

CD, critique. MOZART – SCHUMANN : Fantaisies — Piotr Anderszewski, piano (1 cd WARNER classics). Dès le début de ce récital enchanteur, aux teintes rêveuses et suggestives, c’est la capacité au songe et aux replis d’une pudeur active qui s’impose à l’écoute. Rassemblant en réalité 3 sessions d’enregistrements réalisés à 3 époques différentes (2003, MOZART) / SCHUMANN : 2013 et 2016, respectivement Fantaisie puis Variations “fantômes”), le triptyque pianistique qui est découle, affirme une belle cohésion de ton. La richesse et presque l’urgence introspective du pianiste franco polonais Piotr Anderszewski passionne. D’abord, saluons la belle profondeur intérieure ouvrant à des gouffres et intervales interrogatifs (l’ombre parfois du désespoir) dans la première Fantaisie K475 de MOZART, d’une vérité dépouillée, dénudée, sans fard. Mais aussi, inscrites dans des éclairs et scintillements d’une gravité … schubertienne. La Sonate n°14 K457 et sa coupe frénétique, semble dans la succession d’un déterminisme volontaire, fluide, nerveux, d’une fébrilité tendre et électrique (Allegro) ; l’Adagio s’alanguit, nostalgique d’une candeur peut-être jamais réellement vécue, éprouvée, ce qui en rend l’énoncé émotionnellement plus délicat et trouble encore. Le jeu filigrané, nuancé, d’une ineffable rêverie attendrie du pianiste polonais captive par sa qualité affectueuse, juste, sincère. Du grand art. Mozart – SCHUMANN : Fantaisies introspectives La Fantaisie de Schumann, ample introspection autobiographique s’écoule en trois parties développées ; la plus bouleversante, et ultime, étant celle qui conclut le cycle, flot ininterrompu d’idées et de motifs naturellement jaillissants, dont le jeu de l’interprète doit rétablir la mystérieuse cohésion interne. La III, « langsam getragen… » dure plus de 11mn et exprime toute l’ivresse et la spontanéité lyrique d’un Schumann qui maîtrise ô combien la développement et l’architecture, malgré ce que l’on peut entendre et lire. Rien de « fou » ni d’échevelé », mais l’affirmation d’une pleine conscience, la souveraine maîtrise d’une pensée musicale mûre qui aspire à la sérénité intérieure. Le pianiste en capte les silences porteurs de sens, les échos et vibrations d’une grâce liquide, immatérielle, qui dévoile et traverse espace et temps, en une continuité psychique, productrice de sa propre unité, comme de son propre équilibre. L’onirisme d’un songe, la caresse d’un souvenir des plus chers, et les mieux conservés, comme le trésor intact dans le repli du secret le plus intime, y déploient leur juste chant de paix et en même temps de renoncement tel un adieu éternel. Allusif, et aussi ardent, progressivement, le jeu de l’interprète affirme une belle compréhension de ce qu’est l’hypersensibilité schumanienne, capable d’accents rageurs, et de nuances nées dans l’ombre, surgissant d’un au-delà de la conscience et de la mémoire. Difficile de résister à cette éloquence de la pudeur jamais feinte. Le Thème et Variations WoO24 est totalement baigné en une tendresse des plus ardentes, volonté de réconciliation de directions multiples, éparses, simultanées. Anderszewski en exprime la candeur de l’émission, l’écoute interne aussi, sachant creuser les résonances immédiates, le jeu des énoncés et des réponses. Plus évanescent que jamais, précisément dans les deux dernières Variations (IV, V), la digitalité passe et traverse le clavier avec une mobilité de rêve, incarnant mais tout en mouvement et fugacité, le profil à peine perceptible de ces Variations dites « fantômes ». Avec en prime, filigranant l’activité aérienne, murmurée, le chant du pianiste qui vit la musique de l’intérieure. Remarquable. CLIC de CLASSIQUENEWS de février et mars 2017. En bonus l’éditeur ajoute un dvd comportant un film réalisé par le pianiste lui-même dans sa ville natale, Varsovie. Prochaine lecture et critique du film, à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com _______________________ CD, critique. MOZART – SCHUMANN : Fantaisies — Piotr Anderszewski, piano (1 cd + 1 dvd « film : Je m’appelle Varsovie », WARNER classics). Enregistrements réalisés en 2006 (Mozart) ; Schumann (2013, Fantaisie / 2016, Thème et Variations). CLIC de CLASSIQUENEWS de février et mars 2017.

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20 février

Livre événement, annonce. Gaspare SPONTINI par Patrick Barbier (Bleu Nuit éditeur, à paraître le 14 mars 2017)

Livre événement, annonce. Gaspare SPONTINI par Patrick Barbier (Bleu Nuit éditeur, à paraître le 14 mars 2017). Né italien, génial conteur lyrique, d’abord dans le genre idéalement maîtrisé du buffa napolitain (parfait assimilateur de Cimarosa au succès européen), Gaspare Spontini (1774-1851) affirme une maîtrise exemplaire dans le genre lyrique à gros effectif, genre « grand opéra » à la française,… ainsi, d’abord en France, protégé de l’Impératrice Joséphine, illustrant la pompe glorieuse napoléonienne (La Vestale, 1807 ; Fernand Cortez, 1809); puis à Berlin à partir de mai 1820, après avoir servi la France post impériale, celle de la Restauration (à travers des oeuvres de circonstances peu mémorables). C’est que frappé par le puissance dramatique (choeurs, scènes collectives, continuité de l’action, séduction mélodique de certains airs, et toujours cette noblesse impérieuse de l’inspiration…), le roi de Prusse, Frédéric Guillaume III, tombé sous le charme de sa musique, invite à grands frais l’impossible Spontini dans la capitale germanique. GASPARE SPONTINI en expérimentateur L’inventeur du grand opéra et du drame continu à l’âge romantique… Malgré l’opposition du parti anti italien qui ne comprend pas qu’un italien ne parlant pas l’allemand ait été choisi pour créer le nouvel opéra germanique (quand Weber compose Der Freischutz, puis Euryanthe), l’italien Spontini parvient cependant à imposer sa synthèse européenne dans la langue de Schiller et de Goethe : Lalla Rûkh, 1821, qui devient Nurmahal, 1822 ; surtout Alcidor, 1824, et Agnes von Hohenstaufen, 1827 (premier acte), puis version intégrale, en 1829 : prémice par l’ampleur de son dessein dramatique, du drame continu de Wagner. Le texte biographique, édité par Bleu Nuit éditeur, complet, très documenté et abondamment illustré de Patrick Barbier (auteur d’ouvrages clés sur Venise et les castrats entre autres), rétablit la carrure d’un génie de l’opéra romantique première manière. Il précise aussi la personnalité pas facile de cet homme entier, parfois sec et cassant, toujours soucieux de sa gloire et des titres et privilèges qu’il mérite en tant qu’auteur indépassable de La Vestale et de Fernand Cortez. Son ménage avec Céleste Erard est aussi bien évoqué : pilier d’une existence aux multiples distinctions et honneurs à l’échelle européenne. Au mérite illustre de Spontini d’avoir eu ce goût de faire connaître aux parisiens (finalement absents et moqueurs) Don Giovanni (1808) et Les Nozze di Figaro (1809) de Mozart alors qu’il était directeur de l’opéra impérial à l’Odéon (Théâtre Italien, rebaptisé alors « Opéra de l’Impératrice », réunissant les genres seria et buffa). Spontini méritait bien cette nouvelle biographie exhaustive. A l’heure où l’intérêt pour le romantisme français se confirme, rétablir Spontini à sa juste place – admirateur de Mozart et Beethoven, et lui-même admiré de Berlioz, s’avère bénéfique. D’autant plus en pleine année Méhul (DOSSIER MEHUL centenaire 2017 ), autre compositeur romantique français et précurseur de Spontini (La Vestale est créée la même année que Joseph de Méhul en 1807). Au final, le tempérament viril de Spontini illumine la scène romantique française et européenne à l’époque impériale et dans les années 1820 : il apporte une réflexion très convaincante sur l’idée de drame continu, sachant cultiver la force et l’impact dramatique des choeurs, la cohérence des situations enchaînées, rompant avec la tradition pourtant native, italienne, encore poursuivie par Rossini (Guillaume Tell, 1829), de l’air fermé. Chez Spontini se dessine une tendance que les germaniques vont reprendre, développer, étoffer grâce à Schumann et Wagner. De sorte que malgré ce qu’ont voulu faire accroire ses pires critiques à Berlin, Spontini réalise une synthèse profitable pour l’éclosion d’un drame romantique germanique après lui et grâce à lui. Telle n’est pas la seule et moindre conclusion qui se précise à la lecture de cette biographie désormais fondamentale. Compte rendu critique complet à venir le jour de la parution du livre Spontini par Patrick Barbier, dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com _____________________ Livre événement, annonce. Gaspare SPONTINI par Patrick Barbier (Bleu Nuit éditeur, à paraître le 14 mars 2017) — CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2017.

Robert Schumann
(1810 – 1856)

Robert Schumann (8 juin 1810 - 29 juillet 1856) est un compositeur allemand. Sa musique s'inscrit dans le mouvement romantique qui domine en ce début de XIXe siècle une Europe en pleine mutation. Compositeur littéraire par excellence, Schumann et sa musique illustrent à la perfection la figure du romantique passionné.



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